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Fausse déclaration en assurance de prêt : ce que vous risquez vraiment

Mis à jour le Rédigé par [Auteur — ORIAS n° à compléter] Lecture : 12 min

L'essentiel. Une inexactitude dans votre déclaration n'entraîne pas automatiquement la perte de vos garanties. Tout dépend d'un seul élément : l'intention.

Une omission volontaire relève de l'article L.113-8 du Code des assurances : le contrat est annulé, aucune indemnité n'est versée et les primes restent acquises à l'assureur. Une erreur de bonne foi relève de l'article L.113-9 : l'indemnité est simplement réduite au prorata.

Et la charge de la preuve pèse entièrement sur l'assureur, qui doit établir trois éléments cumulatifs. S'il en manque un seul, la nullité ne peut pas être prononcée.

Les deux sanctions, et l'abîme qui les sépare

Le Code des assurances distingue deux situations dont les conséquences n'ont rien de comparable.

TexteSituationConséquence
Article L.113-8 Réticence ou fausse déclaration intentionnelle qui change l'objet du risque ou en diminue l'appréciation par l'assureur Nullité du contrat. Aucune indemnité. Les primes versées restent acquises à l'assureur. Le prêt reste dû en totalité par vos proches.
Article L.113-9 Inexactitude non intentionnelle, constatée avant ou après le sinistre Réduction proportionnelle de l'indemnité, dans le rapport entre la prime payée et celle qui aurait été due si la déclaration avait été exacte.

Concrètement : dans le premier cas, votre conjoint rembourse seul l'intégralité du crédit. Dans le second, il en rembourse une fraction. C'est toute la différence entre une famille protégée et une famille ruinée — et elle tient à l'appréciation d'une intention.

Les trois preuves que l'assureur doit réunir

Un assureur qui veut opposer la nullité ne peut pas se contenter de constater une erreur. Il doit démontrer trois éléments, cumulativement.

1

L'inexactitude

Que la réponse donnée était objectivement fausse au moment de la souscription. Se prouve par des pièces datées : dossier médical, documents administratifs, licence fédérale.

2

L'intention de tromper

Que vous saviez et avez sciemment dissimulé. C'est le point le plus difficile pour lui — et votre meilleure protection. Une question ambiguë suffit souvent à faire échouer la démonstration.

3

L'effet sur le risque

Qu'une déclaration sincère aurait modifié son appréciation — refus, surprime ou exclusion. Il doit produire sa grille de tarification de l'époque.

La deuxième chambre civile de la Cour de cassation a confirmé, dans un arrêt du 16 juin 2022, que cette charge probatoire pèse entièrement sur l'assureur. Constater une déclaration inexacte ne suffit pas : l'intention de tromper doit être établie, et l'effet sur l'appréciation du risque démontré.

Une déclaration spontanée neutralise le risque de nullité.

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Comment les assureurs détectent une omission

La détection n'a rien de mystérieux. Elle repose sur des pièces qui existent déjà et que l'expertise après sinistre va chercher.

Déclaration concernéeCe que l'assureur produit
État de santé Le dossier médical. C'est la pièce décisive, bien plus que les analyses. Une mention « tabagisme actif » ou un antécédent noté par un médecin trois mois avant la souscription est une preuve écrite, datée, difficilement contestable.
Tabac Le test de cotinine (salive ou urine), qui détecte une consommation remontant à environ une semaine. Il ne prouve rien sur la situation d'il y a cinq ans — c'est le dossier médical qui fait le travail.
Profession et engagement Bulletin de salaire ou de solde, arrêté d'affectation, ordre de mission, rapport d'intervention. Pour un militaire, un gendarme, un sapeur-pompier volontaire ou un réserviste, la trace est administrative et nominative.
Sport à risque Licence fédérale (datée et nominative), inscription à un club, carnet de plongée, rapport d'enquête après accident — et de plus en plus, les publications publiques sur les réseaux sociaux antérieures à la souscription.

Le point que beaucoup ignorent : l'article L.113-8 précise que la nullité peut être prononcée « alors même que le risque omis ou dénaturé par l'assuré a été sans influence sur le sinistre ». Autrement dit, une omission sur votre pratique du parapente peut faire annuler le contrat lors d'un décès par maladie, sans aucun rapport avec le parapente.

Ce qui n'est PAS une fausse déclaration

Cette section rassurera beaucoup de lecteurs. Les situations suivantes ne caractérisent pas une fraude, même si elles inquiètent.

Une question ambiguë ou mal formulée

Si le questionnaire demande « Fumez-vous ? » sans préciser que la chicha ou le vapotage sont concernés, une réponse négative de bonne foi n'est pas une réticence. L'assureur rédige ses questions : leur imprécision joue contre lui, pas contre vous.

Un formulaire rempli par le conseiller

Lorsque le questionnaire a été renseigné par un conseiller bancaire qui a résumé, simplifié ou coché à votre place, l'intention de tromper devient très difficile à établir. Conservez systématiquement une copie du questionnaire signé : c'est votre preuve de ce que vous avez réellement déclaré.

Un diagnostic postérieur à la signature

Une pathologie découverte après la souscription n'a pas à être déclarée : le contrat est en cours et vos garanties sont acquises. L'obligation de déclarer ne porte que sur ce que vous saviez au moment de répondre.

Un oubli mineur sans effet sur le risque

Si l'assureur ne peut pas démontrer que la réponse exacte aurait changé sa décision — troisième condition — la nullité ne peut pas être prononcée. Une entorse ancienne et guérie n'a jamais modifié une grille de tarification.

Vous avez omis quelque chose : que faire maintenant

Régulariser, ou attendreAide à la décision
Vous réalisez qu'une information n'a pas été déclarée, et aucun sinistre n'est survenu
Déclarez spontanément, par écrit

Une déclaration spontanée avant tout sinistre change radicalement votre position. L'assureur ne peut plus caractériser l'intention de tromper au moment du sinistre : il doit choisir entre maintenir le contrat, appliquer une surprime ou proposer une exclusion. Votre contrat redevient solide.

Risque neutralisé
Ne rien faire

Vous conservez une prime basse et un contrat contestable. Au sinistre, l'assureur disposera d'un moyen d'annulation appuyé sur des pièces datées, et vos proches devront le contester en justice au pire moment.

Risque maximal

L'arbitrage est déséquilibré. Une surprime se compte en dizaines d'euros par an. Une nullité de contrat se compte en centaines de milliers d'euros pour votre famille. Et la loi n° 2022-270 du 28 février 2022 vous permet de changer d'assurance à tout moment, sans frais : si votre assureur actuel durcit ses conditions, vous pouvez aller voir ailleurs.

Votre assureur vous oppose une nullité : vos recours

  1. Exigez la motivation par écrit. L'assureur doit indiquer précisément quelle déclaration il conteste, et sur quelles pièces il fonde sa position.
  2. Vérifiez les trois conditions. A-t-il démontré l'inexactitude, l'intention et l'effet sur le risque ? L'absence d'un seul élément fait tomber la nullité.
  3. Produisez votre questionnaire signé. Si la question était ambiguë, ou si elle a été renseignée par un tiers, c'est votre meilleur argument.
  4. Saisissez le médiateur de l'assurance. Gratuit, et souvent efficace sur les dossiers où l'intention est discutable.
  5. Agissez dans les délais. Voir l'avertissement ci-dessous — c'est le point le plus méconnu et le plus définitif.

Le délai de deux ans. L'article L.114-1 du Code des assurances fixe à deux ans le délai pour agir contre un assureur. Passé ce délai, même un refus manifestement injustifié devient définitif et aucun recours n'est plus possible. C'est le délai le plus court du droit des assurances, et presque personne ne le connaît.

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Questions fréquentes

J'ai oublié de déclarer une maladie il y a cinq ans. Suis-je fichu ?

Non. Déclarez-la spontanément par écrit dès maintenant : avant tout sinistre, l'assureur ne pourra plus démontrer l'intention de tromper au moment du sinistre. Il pourra ajuster la prime ou proposer une exclusion, mais votre couverture redevient fiable.

L'assureur peut-il consulter mon dossier médical ?

Pas librement. Il peut en demander la communication dans le cadre d'une expertise après sinistre, avec l'accord des ayants droit ou sur décision judiciaire. Le secret médical n'est pas opposable de manière absolue lorsqu'il s'agit d'établir un droit à indemnisation.

Une omission sans rapport avec le sinistre peut-elle annuler le contrat ?

Oui. L'article L.113-8 le prévoit expressément : la nullité peut être prononcée même si le risque omis n'a eu aucune influence sur le sinistre. C'est ce qui rend une omission apparemment anodine réellement dangereuse.

Mes réseaux sociaux peuvent-ils être utilisés contre moi ?

Les publications accessibles publiquement peuvent être produites comme éléments de preuve. C'est une pratique en développement dans les enquêtes après sinistre. Le RGPD encadre cette collecte sans l'interdire lorsqu'elle sert à établir un droit en justice.

Le conseiller a rempli le questionnaire à ma place. Est-ce un problème ?

C'est plutôt un atout pour vous : l'intention de tromper devient très difficile à démontrer. Encore faut-il pouvoir le prouver — d'où l'importance de conserver une copie du document signé.

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[Prénom Nom] — Courtier en assurance Immatriculé ORIAS n° [à compléter]. Cet article présente le cadre légal applicable et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de litige, consultez un avocat spécialisé ou saisissez le médiateur de l'assurance.
Sources
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